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Qui aurait pu croire que la spĂ©culation sardiniĂšre avait de l’avenir ? Pas les aficionados du Sardine Game en tout cas ! Ces membres dĂ©vouĂ©s du forum 18-25 ont pour objectif de confire les sardines eux-mĂȘmes en stockant des boĂźtes de sardines dans leurs placards pendant potentiellement des annĂ©es. En laissant l’huile imprĂ©gner doucettement chaque cellule du poisson, ils espĂšrent parfaire le goĂ»t et la texture de leur met favori.

Mais en ce janvier 2026 leur monde s’écroule alors que leurs sardines millĂ©simĂ©es se transforment en lingots d’or ! Le coupable ? La montĂ©e en flĂšche stupĂ©fiante du prix du poisson, associĂ©e à une perte de qualité sans prĂ©cĂ©dent.

Membre de la communauté du Sardine Game témoignant de la catastrophe

Cette rarĂ©faction de la sardine peut ĂȘtre attribuĂ©e à plusieurs facteurs successifs. Tout d’abord, le dĂ©rĂšglement climatique a un impact sur les zooplanctons dont se nourrissent les sardines. Les petits copĂ©podes ont gagnĂ© en tour de taille tandis que les plus gros se sont rabougris. Ainsi la sardine doit dĂ©ployer plus d’efforts pour se nourrir dans un ocĂ©an plus chaud, plus acide et moins oxygĂ©nĂ©. Ce qui est anticipĂ© au mieux n’est qu’une stabilisation de la taille et du poids des organismes marins. Diable !

À cela s’ajoute un problĂšme bien connu des amateurs de la morue de l’Atlantique, celui de la surpĂȘche. Les stocks de sardines situĂ©s dans le golfe de Gascogne se sont effondrĂ©s, avec une biomasse divisĂ©e par prĂšs de trois en 20 ans. Un parcours suivi par l’anchois d’ailleurs. Sans restrictions de la pĂȘche, il n’y aura pas le renouvellement tant attendu des stocks ! Au grand dam des bolincheurs qui se font rares d’annĂ©es en annĂ©es avec un roulement des gĂ©nĂ©rations en panne : « Les jeunes se dĂ©tournent de ce mĂ©tier parce qu’il n’est pas viable », dĂ©plore Yvan Le Lay, prĂ©sident de l’association des bolincheurs bretons. Un destin malheureusement typique de la tragĂ©die des communs.

Quelle solution pour nos conserveries locales ? Importer du Portugal, de l’Espagne et du Maroc ! Mais ces pays commencent à subir les mĂȘmes difficultĂ©s que la France. Signal d’alarme au Maroc avec une interdiction de l’exportation de la sardine congelĂ©e au 1er fĂ©vrier ! Les prises de sardines y sont passĂ©s de 965 000 tonnes en 2022 Ă  525 000 tonnes en 2024. Une chute spectaculaire de 46 % en deux ans a poussĂ© le royaume à couper la principale source d’approvisionnement en sardine de l’UE. Les petits pĂ©lagiques reprĂ©sentent prĂšs de 80 % de la richesse halieutique nationale et se destinent en temps normal en grande partie Ă  l’exportation. Les galiciens rĂąlent alors que les russes ont toujours l’autorisation de pĂȘcher massivement dans les eaux marocaines. Sans compter que les chalutiers marocains rejettent jusqu’à 43,7 % des prises ! Une hypocrisie qui ne bĂ©nĂ©ficie ni Ă  la sardine ni à l’économie europĂ©enne. Le Portugal quant Ă  lui, est moins grandiloquent quant Ă  ses restrictions d’exportations.

Nous pourrions espĂ©rer une stabilisation au minima de l’offre de sardines en boĂźte. Mais que neni ! Le cartel des conserveries europĂ©ennes compte bien raquer dans les fonds de tiroirs pour fournir les Ă©piceries fines de sardines de qualitĂ© ! L’image de marque de la sardine à la française, Ă  la portugaise ou Ă  l’espagnole est un plus pour amadouer les consommateurs. Le fait Ă©tant que le petit poisson bleu est riche en OmĂ©ga 3, en vitamines, en minĂ©raux et en protĂ©ines ! Tant de qualitĂ©s mises en avant par une industrie qui n’anticipe que les profits du trimestre en cours. La sardine grignote les ventes de thon et de maquereau en conserve qui pĂątissent d’une image dĂ©sastreuse avec la hausse de la concentration en mĂ©thylmercure dans les parties grasses de ces poissons (due à la croissante pollution humaine).

Dans une industrie sans automation des moyens de production : de plus petites sardines sont synonymes d’une hausse du coĂ»t de la main d’Ɠuvre. Les coĂ»ts auraient explosĂ© de 30 Ă  40 % en Espagne et au Portugal. Ainsi, le marché de la sardine est dans une phase de transition qui plaira aux bourgeois-bohĂšme. La Belle-Îloise exporte sans dĂ©croitre pour 10 % de son chiffre d’affaire dans les luxueux magasins amĂ©ricains ! Et les sources de profits ne sont jamais trĂšs loin pour les commerciaux qui peuvent s’appuyer sur une progression de 12 % en valeur des sardines en conserve dans les magasins bio. Et les conserveries affluent pour combler les manques en sardines « 100 % naturelles » (quelles qu’en soit la signification prĂ©cise). Une hĂ©rĂ©sie lorsque l’on sait que le bio n’apporte que des avantages dĂ©risoires : que ce soit nutritivement ou Ă©cologiquement. Le seul gagnant est le producteur. Le consommateur verra une partie de la production partir sur un marché souvent inaccessible pour son porte-monnaie. Les rayons populaires se vident et la sardine devient un luxe ! Je ne ferai pas l’énumĂ©ration de toutes les conserveries se jetant sur le bio, car la quasi-totalitĂ© se jette sur le filon, et je demanderai à chacun de se prĂ©parer mentalement aux prix indĂ©cents pratiquĂ©s.

Le dĂ©but de la fin pour votre porte-monnaie, signé Mouettes d’Arvor

Une autre solution pour augmenter les prix tout en flouant les acheteurs ? L’explosion des labels floueurs voire Ă©sotĂ©riques comme celui de « PĂȘche responsable » ou de « Label Rouge ». Ce dernier pouvant maintenant certifier 4 Ă  7 (mini) sardines par boĂźte contre 4 Ă  6 prĂ©cĂ©demment.

Les sardinophiles ont d’ores et dĂ©jà repĂ©ré la progressive perte de qualitĂ© de ce trĂ©sor culinaire ; bientĂŽt, ce sera le reste des EuropĂ©ens avec le dĂ©clin de l’ensemble d’une industrie contrainte par un aveuglement capitaliste.